Nous assistons depuis quelques années à un découplage progressif entre production alimentaire et politique agricole : les produits que nous consommons viennent de partout dans le monde, sans réflexion sur la dimension territoriale de la production et leur impact sur la production ; les normes agricoles se définissent souvent dans d’autres cénacles que ceux de la qualité alimentaire. En d’autres termes, le citoyen est de plus en plus décalé de la réalité de la production dont il ne comprend plus ni le fonctionnement ni le but. Pour Ecolo, il est urgent de réconcilier l’alimentation avec l’agriculture.
Proposition : Relocaliser [1] l’agriculture et favoriser l’emploi et le respect de l’environnement
La relocalisation de l’agriculture apparaît comme la seule réponse positive aux enjeux de souveraineté alimentaire au Nord et au Sud, aux problèmes environnementaux liés à l’agriculture intensive, mais aussi au maintien de l’emploi rural et agricole. Les politiques publiques doivent soutenir les producteurs en ce sens, de manière à maintenir et développer une agriculture paysanne, familiale et de proximité, qui alimente prioritairement les marchés locaux et régionaux.
Une des pistes pour favoriser l’agriculture paysanne est la réorientation de l’ensemble des aides et leur modulation en fonction de la main d’oeuvre (indépendante et salariée) utilisée et du mode de production (systèmes agro-écologiques et agriculture biologique).
Plus globalement, il convient d’agir au niveau européen et de réorienter la PAC sur la base des critères suivants :
la modulation des aides en fonction de critères liés à la main d’oeuvre et à la qualité ;
le plafonnement des aides et leur répartition plus équitable entre producteurs ;
la poursuite d’un système de responsabilisation des producteurs et de pénalisation des modes de production intensifs non durables pour l’environnement (éco-conditionnalité) ;
la suppression des subventions à l’exportation qui, d’une part, constituent des pratiques de dumping économique pour les pays dans lesquels arrivent les produits concernés, et qui, d’autre part, encouragent nos producteurs à se tourner vers ce type de production au détriment de filières de qualité valorisables chez nous. Lorsque cela se justifie pour protéger les marchés du dumping économique, Ecolo est favorable à la restauration de barrières tarifaires ;
la limitation du pouvoir et de la concentration des multinationales liées à l’agriculture et à l’alimentation, en vue d’un rééquilibrage des rapports de force entre les divers acteurs des chaînes agroalimentaires ;
des prix qui permettent aux agriculteurs de vivre décemment de leur travail et de leur production ; cela comprend aussi le droit d’utiliser des instruments de régulation de l’offre, notamment des droits de douanes et des quotas pour se protéger des importations à bas prix ;
des échanges internationaux plus durables du point de vue économique et social ; de tels échanges, performatifs des droits humains fondamentaux, pourrait également être assurés par le recours aux instruments de la gestion de l’offre ; comme déjà partiellement évoqué plus haut, une gestion de l’offre adaptée permettrait notamment de mettre un terme aux pratiques de dumping économique à l’exportation (exportation à des prix inférieurs aux coûts de production à consentir dans le pays exportateur), tout en respectant le droit des agriculteurs européens à vivre décemment des fruits de leur travail ;
le soutien aux pratiques agro-écologiques et à l’agriculture biologique (soutien à la conversion, encadrement technique, soutien à la formation, garantie de débouchés notamment via les achats publics …) ;
une évaluation et un renforcement des mesures agri-environnementales en vue d’optimiser leur résultat dans les secteurs concernés (eau, biodiversité, fertilité des sols). Lire la suite